Pression

L’élève aveugle qui est intégré dans une classe ordinaire doit faire face à de très fortes pressions pour répondre aux attentes de son entourage.
On attend notamment de lui qu’il soit :

Très diplomate

Souvent, il est le seul à connaître et expliquer ses besoins.
La cécité est un handicap “technique”, auquel tout le monde ne peut pas être formé. Les gens se “forment” au contact de l’élève, qui doit faire preuve de beaucoup de tact pour expliquer, demander, répéter, réclamer, redemander… car les réflexes de voyants reviennent et on oublie (de lire ce qu’on écrit au tableau, de décrire le film, de donner à l’avance à la transcription, de guider, d’aider sans faire à la place, etc…).
Or, sa situation est d’être toujours inférieur dans la relation : élève/maître, enfant/adulte, aveugle/voyant.

Pas facile non plus pour lui de refuser de l’aide qu’il n’a pas demandée sans vexer les autres, bien intentionnés ! Or, quand il apprend (à faire un trajet, à trouver des repères, à accomplir une tâche motrice…), il doit aussi le faire sans aide, quitte à se tromper. Il a l’air parfois perdu, craintif, il est lent, alors les autres voient dans son attitude une demande d’aide et s’empressent d’y répondre. S’il proteste, même gentiment, il est souvent considéré comme ingrat ou insolent.

Meilleur que les autres

Pour être intégré en milieu scolaire ordinaire, pour avoir des copains, pour être bon élève… sa cécité est un lourd obstacle et il ne peut être y arriver que si ses qualités et compétences personnelles sont assez fortes pour compenser.

Infaillible

Sa réussite devient la récompense des efforts de tous, et son échec est celui de tous.
Chacun est prêt à perdre confiance, à se dire qu’il n’a pas assez bien su s’y prendre, ou qu’il n’était pas assez formé, aidé, pour assumer la lourde charge d’avoir un élève aveugle.
L’exigence vis-à-vis de lui est d’autant plus importante qu’on a passé du temps pour adapter les cours ou l’environnement à son attention. Au final, il n’a ni plus ni moins que les mêmes conditions de travail que ses camarades voyants, mais il se doit d’être performant à la hauteur des efforts faits pour lui (qu’on ne pense jamais à comparer aux efforts considérables qu’il fait, lui, pour s’adapter). Rater, c’est gâcher ce travail fait pour lui, c’est un peu trahir les gens qui se sont donné du mal.
L’élève aveugle n’a pas tellement droit à l’erreur

Reconnaissant

Il est souvent en situation de dépendance, de demande d’aide. Et donc en position de dire merci, et de mériter cette aide. D’autant plus qu’il est rarement en mesure de rendre service en retour ou sollicité pour le faire. L’aide qu’on lui apporte est un don, pas un dû. Comme il est obligé de demander, il l’est aussi d’être redevable.

Travailleur

Tout est plus long quand on ne voit pas: lire, écrire, se déplacer, faire les gestes quotidiens.
Tout demande plus de concentration, pour se souvenir de l’environnement, de l’endroit où on a mis ses affaires, pour décoder les indices et comprendre les situations.
En cours, on a moins d’éléments et pas toujours assez de temps pour suivre, pour capter, pour comprendre… que les camarades voyants. Alors on comprend après, à la maison, ce qui alourdit encore le temps consacré aux devoirs.
L’élève aveugle a un emploi du temps plus chargé, il cumule programme scolaire et programme de techniques de compensation : psychomotricité, locomotion, AVJ (aide à la vie journalière), cartographie tactile, informatique adaptée…
Bien souvent, l’élève aveugle n’a que très peu de temps de loisirs.

Responsable

Comme toute éducation, celle d’un enfant aveugle a pour but son autonomie. La cécité rend cet objectif beaucoup plus compliqué, crucial, angoissant. Tout le monde a peur de l’avenir : l’enfant et son entourage.
L’entourage voudrait être rassuré au plus vite : qu’il marche, qu’il parle, qu’il sache lire, qu’il ait le brevet, le bac, un diplôme, un travail, un appartement seul, une famille…
Difficile pour lui de n’avoir que des envies, des perspectives d’enfant !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *