Dyssynchronie

La dyssynchronie est le décalage entre les fonctions intellectuelles et les fonctions affectives, psychomotrices et sociales.

Dyssynchronie affective

Le plus souvent, en-dessous de l’âge légal, décalage renforcé par une hypersensibilité, due pour partie aux capacités intellectuelles, mais certainement aussi au traitement social : soit en raison d’une attente d’un développement affectif au même niveau de l’intellect, soit en raison d’atteintes répétées de la sphère affective, au nom de la normalisation. Cette moindre maturité affective grève aussi les relations sociales. Ceci n’a rien à voir avec de l’immaturité, source majeure d’incompréhension.

L’hypersensibilité

La cécité génère chez l’interlocuteur toute une série de sentiments : pitié, protection, empathie, supériorité, culpabilité…que l’enfant intellectuellement précoce – hyperémotif et intuitif – percevra et qui vont exacerber sa grande fragilité émotionnelle.

Au fort besoin d’affection, à la dépendance affective accrue, il est difficile de trouver une réponse justement mesurée s’agissant d’un enfant aveugle. Eviter la surprotection, mais aussi la dureté (parce que l’enfant handicapé aura une vie plus dure et qu’on doit lui apprendre à être fort, parce que les éducateurs scolaires ou parascolaires sont incités à la froideur pour éviter l’attachement affectif…)

Les enfants intellectuellement précoces, perpétuellement anxieux, peuvent mettre en place des rituels comme soupape à ces angoisses. Chez un enfant aveugle, les rituels peuvent être accentués par le besoin accru de sécurité, et devenir gênants.

L’estime de soi

Les enfants intellectuellement précoces ont une grande exigence envers eux-mêmes, l’esprit critique, voire intransigeant, intolérant, et une faculté de jugement qu’ils s’appliquent et qui les amène à élaborer une image d’eux-mêmes dévalorisée. La cécité qui handicape et génère des échecs peut amplifier la mauvaise estime de soi, la propension à se dire nul ou à le penser.

Le sens de la justice, des responsabilités. Le souci philosophique et moral

Avec un handicap, les injustices à subir sont beaucoup plus fréquentes, les responsabilités moindres, 2 composantes auquel les enfants intellectuellement précoces sont particulièrement sensibles.

La conscience rapide et aiguë de la réalité du monde, la lucidité, fait de la cécité un sujet d’inquiétude générateur d’anxiété, mais permet peut-être aussi d’y faire face plus efficacement.

Dyssynchronie psychomotrice

Proche ou même souvent en-dessous de l’âge légal, ce qui se traduit par une gaucherie des gestes, une maladresse, un manque d’intérêt ou d’attention pour ces «contingences ». La «tête» va plus vite que le corps et en particulier la main que les enfants précoces considèrent comme rudimentaire parce qu’incapable de suivre le rythme de la pensée.

L’importance de la psychomotricité

Un enfant aveugle ne peut pas être autonome sans avoir de bonnes compétences psychomotrices. La latéralisation, la motricité fine, le toucher efficace, l’organisation dans l’espace, l’ordre, etc… sont fondamentaux. Le fait que ces éléments soient pris en compte très précocement (avec des cours de psychomotricité, locomotion, ergothérapie…) est une chance, et la garantie de ne pas focaliser sur le seul développement intellectuel.

Les enfants handicapés sont suivis de près, on tente de remédier au mieux à toutes leurs faiblesses, avec une inquiétude quant à leur avenir, et donc on a tendance à focaliser sur ce qui ne va pas. Les performances dans les domaines où la psychomotricité joue un grand rôle risquent alors de devenir un critère de jugement scolaire.

Travailler activement les compétences psychomotrices n’implique pas qu’on se base sur les résultats dans ces disciplines pour préjuger des aptitudes scolaires

Écriture et lecture

Coordination motrice, organisation, ordre, gestion de l’espace, sont des difficultés que se partagent enfants intellectuellement précoces et enfants aveugles ; quand on cumule, l’apprentissage est particulièrement difficile.

Écrire à la tablette est un travail très minutieux, laborieux. Même chose pour l’écriture des chiffres à l’aide des cubarithmes, qui demande une grande finesse de manipulation et ne peut pas être rapide. L’écriture à la Perkins réclame une bonne dextérité, comme pour jouer du piano. Lire en braille, même pour un très bon lecteur, est de 4 à 6 fois plus lent que lire en noir. La frustration de la main qui ne suit pas la pensée s’en trouve largement amplifiée !

Enfants intellectuellement précoces et enfants aveugles sont, pour des raisons différentes, beaucoup plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit, mais pour les enfants aveugles, comme la transcription braille/noir est une difficulté, la possibilité de remplacer un travail écrit par un travail oral est d’avantage admise.

Pour les enfants présentant une dyssynchonie intelligence-psychomotricité, on pourrait enviager de modifier l’ordre classique des apprentissages : la Perkins avant la tablette, les cubarithmes comme support de démonstration mais la calculette comme instrument de calcul, le recours aux contrôles sous forme orale, etc…

Les mouvements stéréotypés

Si le trop plein d’énergie des enfants intellectuellement précoces n’est pas canalisé, avec l’ennui, ils peuvent l’évacuer physiquement d’une manière qui fait parfois penser à de l’hyperactivité

Pour les enfants aveugles, évacuer l’énergie de façon motrice est plus difficile, les déplacements impliquent une grande concentration et sont le contraire d’un défoulement ; ils privilégient pour se détendre les mouvements sécurisants, comme sauter sur place, se balancer ou tournoyer : des «blindismes», qu’on ne va pas forcément penser à relier à l’ennui.

Dyssynchronie sociale

Les difficultés d’adaptation sociale sont liées au décalage entre l’enfant et les autres enfants de sa classe d’âge, les activités qui lui sont proposées et l’attitude qu’on a envers lui, tant à l’école qu’en famille.

L’inattention

Si on leur interdit d’aller à leur vitesse ou si on ne respecte pas leur mode de fonctionnement, pour se défendre contre l’ennui engendré par la sous-stimulation, les enfants intellectuellement précoces peuvent se montrer distraits, agités, indisciplinés… Ce comportement inadapté en classe, venant d’un enfant aveugle envers qui, par peur des problèmes et de l’inconnu, on est plus exigeant qu’envers d’autres, sera interprété comment ?

La conformation

L’envie d’être comme les autres est d’autant plus forte quand on est doublement différent et marginalisé, surtout quand l’entourage est très insistant sur la nécessité que l’enfant handicapé s’intègre au mieux dans la société. Et comme un enfant aveugle ne peut pas feindre d’être voyant, il peut être tenté de se rattraper sur l’autre versant et renoncer à exprimer ses potentialités pour essayer d’avoir des copains. Ce qui peut conduire à l’automutilation intellectuelle («effet Pygmalion négatif»), et à un véritable sentiment d’abandon, générateur de dépression.

Le besoin de pairs est facile à satisfaire pour un enfant intellectuellement précoce, pas pour un enfant aveugle de surcroît.

L’isolement

L’autre option quand on se sent différent est de se réfugier dans la rêverie et l’isolement, de ne pas se mêler aux jeux des camarades qui, de ce fait, vont mettre en place une stratégie de taquineries conduisant, parfois, à de réelles persécutions. C’est un risque accru pour un enfant aveugle, pour qui cette option nécessite moins d’efforts que de se conformer aux autres, et qui par ailleurs est une cible facile pour les moqueries et farces en tout genre.

La manipulation

La manipulation, utilisée efficacement par un enfant intellectuellement précoce, peut être encore plus déstabilisante en présence d’un handicap dont il est facile de jouer.

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