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Vocabulaire cécitique

Rendre la vue aux aveugles ? Facile ! On oublie le dictionnaire et on invente une nouvelle définition. Au pays du politiquement correct, le miracle est possible : des "aveugles" voient.
Dommage collatéral : des "malvoyants" ne voient plus rien (même pas mal !).
Rien ? Pour certains, ça veut dire beaucoup : des formes, des ombres, de la lumière... mais ça, ce n’est pas rien !
On nage en pleine confusion, à tel point qu’il n’est pas rare qu’un enfant aveugle soit obligé de convaincre ses interlocuteurs incrédules que NON, il ne voit ni forme, ni ombre, ni lumière, ni noir. Cruel rôle. Il a beau dire "je suis aveugle" et "je ne vois rien", les gens ne comprennent plus ces mots pourtant si simple...
Déjà, l’étape suivante est franchie avec le concept fumeux DU handicap, et beaucoup peinent à comprendre qu’entre un handicap visuel et un handicap auditif, moteur, intellectuel, etc..., il n’y a aucun rapport !

Halte à la malparlance !

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L’imal’gier langagier

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Vive le vocabulaire !

Magic Vocabulaire

Dans la famille des zandicapés, je demande mon fils…

Handicapé ? Oh le vilain gros mot ! Vite, l’édulcorant !
Quand on est bien élevé, on dit au minimum : "une personne handicapée"
"Ben oui, dès fois qu’on causerait d’un OBJET handicapé !" aurait dit Bigard.
Encore plus poli, on peut parler d’"une personne porteuse de handicap" (auriez-vous l’obligeance de m’indiquer le vestiaire pour poser cette chose que j’en ai assez de porter ?).
Mais le politiquement correct en cours, c’est : "en situation de handicap". En l’occurrence, en situation de cécité. Comme les chaussettes de l’archiduchesse qui sèchent. Ou "présentant un handicap" : - cher monsieur Untel, j’ai le plaisir de vous présenter mon handicap - enchanté de vous connaître - mais tout le plaisir est pour moi !

Au golf, le top du handicap, c’est 5.

Dans les courses hippique, c’est 4 kg.
Plus le handicap est grand, plus ça veut dire qu’on est fort.
Certains l’ont bien compris. Comme ce catalogue qui vend des « solutions pour enfants exceptionnels », ou ce centre de loisirs qui accueille des « enfants extraordinaires ».
Les plus humbles se contentent de parler d’enfants différents. Il y a des blonds, des bruns, des grands et des petits, des filles et des garçons, des filles à cheveux longs, d’autres à cheveux courts, à cheveux lisses, frisés… C’est super ! Noyons joyeusement les handicaps dans ce flot de diversité enrichissante, histoire de ne pas étaler notre supériorité insolente !
De toutes façon, mon fils n’est pas handicapé, il est aveugle. Au moins c’est clair ; "aveugle", tout le monde comprend.

Quoi que…

On est aveugle, d’un point de vue légal, quand on a une vision inférieure à 1/20ème au meilleur œil après correction.
Donc, certains aveugles voient un peu.
Mon fils est un aveugle du genre de ceux qui ne voient pas.
Ceux que, de plus en plus, on appelle "les malvoyants". Parce que aveugle, c’est ringard, ça fait attentat aveugle, ça fait l’amour est aveugle… malvoyant c’est mieux.
Il y a donc des aveugles qui voient, et des malvoyants qui ne voient pas. Suffit de le savoir…
Le meilleur copain de mon fils, d’ailleurs, est un malvoyant du genre de ceux qui voient, mais il voit mal.
Tous deux sont "déficients visuels". Enfin surtout le copain. Mais "absent visuel", ça ne se dit pas.
Pour simplifier, on dit DV.

Un enfant dévé bénéficie de "prises en charge".

Ce sont des séances d’éducation ou de rééducation spécifiques, prises en charge par la sécurité sociale. D’où le raccourci "prises en charges".

Quitte à raccourcir, souvent c’est lui qui est "pris en charge".
Ou qui EST une prise en charge. Entendu d’une psychomotricienne : "après toi j’ai une autre prise en charge, un petit garçon qui s’appelle Alexandre".
Quelle horreur cette expression !
Pour me faire plaisir, le SAFEP (Service d’Accompagnement Familial et à l’Éducation Précoce) avait d’ailleurs fait l’effort de nous envoyer un compte-rendu recommandant tel ou tel "PEC".
On avait longtemps cherché… PEC… PEC… Citron ? Non, ça s’écrit A I : PAIC citron. Alors quoi ?
On a téléphoné pour comprendre. Gêne au bout du fil. Obligés de lâcher l’expression qui fâche "ben ça veut dire Prise En… " OK, c’est bon, on a compris.
Quelle créativité ! Alors qu’il serait si simple de dire "cours de locomotion", ou "séance d’ergothérapie"…

Un enfant voyant en primaire, c’est un élève.

Au collège, un collégien. Au lycée, un lycéen et au-delà, un étudiant.
Un élève aveugle, qu’il soit en CP ou en terminale, est un jeune. Comme ceux des banlieues.
Plusieurs élèves aveugles, ce sont des "jeunes" qui souvent, appartiennent à leurs éducateurs : "nos jeunes ont monté un spectacle", "avec mes jeunes, j’ai prévu une sortie demain soir."
Il y a un siècle, déjà, Jaurès disait : "Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots."
Christine
Maman d’un jeune extraordinaire


Revue de presse d’une semaine ordinaire

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