Groupe de discussion

Eveil


Si ces discussions vous inspirent d'autres questions, d'autres réponses, d'autres réflexions, il vous suffit de vous inscrire au groupe et de relancer le sujet.
Pour une remarque ponctuelle, vous pouvez aussi écrire à enfant-aveugle@wanadoo.fr qui transmettra.


Extraits des discussions : 

Imaginaire

 

 "Mes 2 enfants DV 18 et 6 ans ont tous les 2 été catalogués sans imagination... je pensais que c'était plutôt lié à leur caractère qu'à leur  cécité mais... Manque d'imagination pour écrire des histoires, rédaction par exemple pour XXX au collège, pour jouer à inventer pour XXX 6 ans (on dirait qu'on serait dans un  bateau. ou ailleurs. ) Il a beaucoup de mal pour ce genre de jeu et on a eu  une discussion à ce sujet en réunion de l'équipe éducative à l'école, comment  l'aider à imaginer ? Donc à ne pas tout contrôler ? Ils ont besoin de choses concrètes pour jouer, des jeux qu'on  touche, de société  ou de logique, mais ils n'aiment pas faire comme si. Est-ce que c'est lié à la cécité ? Est-ce que c'est grave docteur ? En même temps, ils consomment un nombre ahurissant d'histoires qui doivent  d'une certaine façon faire fonctionner l'imaginaire."

 

 "XXX a été qualifié comme ayant une "imagination pauvre". Moi-même toujours eu horreur de faire "comme si" : jouer à la marchande, à la maîtresse, à la princesse, à la maman et au papa, et surtout à la poupée, un cauchemar de mon enfance les poupées ! En version adulte, je déteste toujours les soirées déguisées. Alors avec mes enfants, j'adore jouer à des jeux de société mais pas à faire "mmmmm ! Qu’il est bon votre café madame !" devant une tasse de dînette vide. Petite, j'avais l'impression qu'on me prenait pour une demeurée quand on voulait me faire rentrer dans ce jeu-là et j'éprouve toujours ce malaise quand un adulte "joue" de cette manière avec un enfant. Même chose avec les histoires du genre "mon petit doigt m'a dit" ou le marchand de sable qui passe, je ne fais pas bien la différence entre l'imaginaire et le mensonge. En plus, avec XXX, on faisait attention de toujours préciser si un objet était vrai ou faux. Un tout-petit à qui l'on tend une figurine en plastique en lui disant : "ça, c'est une vache" peut croire que c'est effectivement ça, une vache. Alors nous, on donnait plein d'explication sur la vraie vache et XXX se retrouvait avec son jouet pas du tout comme une vraie vache (pas la taille, pas la chaleur, pas la texture, pas le lait, pas l'odeur, etc...) Difficile de faire semblant après ça... Et en plus on ne rate pas une occasion de lui faire découvrir la réalité, de lui faire toucher les "vraies" choses, en valorisant les activités ancrées dans le réel."

 

 "Il doit y avoir plusieurs formes d'imaginations. XXX s'amuse à changer les paroles des chansons en trouvant d'autres rimes, et ça donne des histoires marrantes ; il fait de l'humour. Et puis à quoi mène l'imaginaire ? Je suppose que ça n'est pas une fin en soi ? Si c'est être capable d'inventivité, pour trouver des compromis dans un conflit, des solutions aux problèmes, avoir l'esprit critique, savoir-faire en dehors des clous, trouver des idées innovantes... il y a sans doute d'autres chemins pour y arriver, pourquoi plus en jouant à faire semblant qu'en résolvant des problèmes mathématiques ? Si c'est "psy", rejouer des scènes douloureuses, se projeter sur des personnages... peut-être que les enfants aveugles en ont plus besoin parce qu'ils ne peuvent pas l'exprimer par le dessin, et peut-être pense-t-on qu'ils ont plus de problèmes psychologiques que les autres à cause de leur handicap ? Mais dans ce cas, il me semble que l'enfant qui en a besoin est porté tout naturellement à le faire, et aussi que c'est à travers ces jeux que l'enfant contrôle tout, au contraire."

 

 "Imaginer, inventer, jouer, c'est d'abord pour moi un plaisir, Pourquoi développer l'imaginaire ? Et bien avant tout parce que c'est plaisant, rigolo, ça permet de rêver et c'est déjà pas mal. Ensuite évidemment il n'y a pas qu'un imaginaire, ni même qu'une forme d'imaginaire. Il y en a beaucoup. Il y a beaucoup de façons de créer, d'inventer je crois, d'imaginer des histoires, des lieux, des personnages etc. Donc, oui, pour moi, inventer des paroles sur des musiques, jouer à des jeux de rôles, faire du théâtre, raconter des histoires, c'est faire preuve d'imaginaire, le développer. Par contre, ne pourrait-on pas dire qu'il y a différentes formes de l'imaginaire, qui s'expriment plus ou moins en fonction des âges ? Les enfants c'est vrai jouent beaucoup à faire semblant, on peut simplement le constater. Alors, face à d'autres enfants, peut-être que c'est une source d'ouverture de pouvoir jouer à ces jeux-là, déjà. Même si évidemment il n'y a pas qu'une seule façon de jouer, c'est clair. C'est juste peut-être une chance supplémentaire de communiquer. La question au fond n'est pas de savoir si on développe ou non un imaginaire, une créativité, parce que finalement tout le monde a l'air d'accord pour dire que la créativité, l'imagination, le jeu, c'est plutôt pas mal. Mais ça serait plutôt quelle forme d'imaginaire développer, comment quand, pourquoi ? Avec le théâtre, j'ai peu à peu découvert que j'avais fermé les portes de mon émotionnel, plus encore que de l'imaginaire. J'étais capable d'imaginer des scénarios hyper complexes, des images très riches, des personnages, etc. Par contre, j'ai toujours un mal fou à vivre les histoires, à entrer vraiment dans la peau d'un personnage, parce que tout une histoire m'a amené à bloquer mes émotions. Je crois qu'il faut être attentif à cela, parce que c'est une vraie difficulté, pas seulement pour des enfants aveugles, mais dans notre société en général, d'enfouir ses émotions et de ne plus même arriver à savoir ce que l'on ressent. C'est très dommage, parce que l'émotion c'est aussi un chemin de la communication, et puis c'est nous, avec ce que l'on est vraiment et ce que l'on a au fond de soi. Ce que je peux dire de mon expérience de personne aveugle, c'est que, très probablement pour avancer, survivre dans un monde qui n'est pas évident et dans lequel le handicap reste un combat, à causes de toutes les représentations qui traînent encore et de toutes les limites, et bien, j'ai sûrement plus que d'autres fermé les émotions pour être moins touché par ce que me renvoyaient certaines personnes ; Mais du coup, ça peut donner un imaginaire replié sur lui-même, comme un monde intérieur que l'on se crée et dans lequel on vit, dans lequel on peut s'enfermer parce que c'est comme une bulle qui aide à faire face à la réalité. Qui aide à faire face à la réalité c'est sûr, mais pas toujours à devenir adulte. Alors quand on parle de développer l'imaginaire, jouer à faire comme si, je pense que peut-être ça vaut le coût ne serait-ce que pour ça, pour garder l'accès aux émotions, savoir les vivre et du coup en les connaissant être capable de vivre avec, et aussi par ce biais là d'être plus ouvert à l'autre et de moins risquer de s'enfermer dans une bulle. Et la plupart du temps, on peut vivre à fond une situation, un personnage, un rôle, tout en faisant la distinction d'avec la réalité."

 

 "Ça veut dire quoi : «imagination pauvre, imagination riche ?» Est-ce que l'on est obligé de faire preuve d'imaginaire pour se construire ? et d'ailleurs est-ce qu’on est obligé de se construire ? Qu'est-ce que ça veut dire : "se construire ?» Il semble que chaque période a ses formules "moules à penser" et que si on ne s'y conforme pas, on est mort vivants, on est pas dans le coup. Avant, il fallait grandir, maintenant il faut se construire et demain... à chaque période sa corvée. Moi, non plus, je n'ai pas trop aimé et je n'aime toujours pas trop les déguisements en revanche je suis certain qu'il y a un gouffre entre imaginaire et mensonge. Le mensonge, c'est fait pour cacher voir nier ce que l'on considère comme vrai. L’imaginaire n'est pas là pour cacher ou pour nier la réalité mais plutôt pour la prolonger, l'embellir, la transformer, sans jamais être dupe. Je suis convaincu que un enfant à qui on montre une vache en plastique, même s'il commence à jouer avec et à faire meuh, sait bien la différence en un objet et une vache. Ca me rappelle cet enseignant qui se lamentait car il était persuadé que les enfants à qui on montrait des dessins de vaches de profil en reliefs seraient portés à croire que toutes les vaches n'ont que deux pattes une oreille une queue alors que je sais bien que c'est comme les chats elles en ont neuf de queues..."

 

 "Les enfants aveugles ne sont pas mieux ou moins bien pourvus en ce qui concerne l'imagination. La seule difficulté peut-être pour eux, c'est que pour que l'imaginaire se développe et ne tourne pas en milieu fermé, il faut des supports. Or, l'enfant voyant est bombardé en permanence par des images, des affiches, etc... Pour l'enfant aveugle, il faut peut être une démarche un peu plus volontariste qui s'y on y prend pas garde, dans l'intention de bien faire peut devenir du harcèlement. combien de fois, ai-je dû freiner les ardeurs de certains  qui voulaient me faire toucher tout et n'importe quoi... L'enfant voyant regarde ou ne regarde pas. L’enfant aveugle quand il ne veut pas toucher, "ça se voit plus", pas facile de refuser, il ne suffit pas de détourner le regard."

 

 "Un imaginaire n'est pas forcément créatif, il peut passer son temps a imaginer et ne jamais rien créer du tout. La création suppose un passage de l'imaginaire à la réalisation concrète. Un écrivain sans imagination ça existe sans doute pas, mais s’il ne parvient pas à confronter son imaginaire avec l'épreuve de la page blanche qu'il faut noircir, il ne se passera rien et tu ne liras jamais ce qu'il a écrit."

 

 "Quand quelqu'un dit "il faut que ceci, il faut que cela" c'est peut être justement qu'il se réfère à un modèle, à un système qu'il lui convient et qu'il manque totalement d'imagination et est incapable de penser que l’autre puisse fonctionner différemment."

 

 "Lorsqu'une personne aveugle touche un arbre, si elle veut (et souvent elle le fait naturellement) le conserver dans sa bibliothèque d'images "mentales", elle passe par un processus de mentalisation ou pour mieux dire de construction d'une image mentale de l'objet, pas forcément fidèle et résultat de l'effort plus ou moins consenti pour cette "mentalisation". De même lorsque vous écoutez la radio, vous vous faites une "image mentale" vraie ou fausse de l’animateur du schéma ou de la plante ou de l’objet dont il est question. Donc, pour moi, il y a toujours mentalisation."

 

 "Concernant la gestion mentale, j'ai lu "comprendre et imaginer, les gestes mentaux et leur mise en œuvre" d'Antoine de la Garanderie. (…) Une grande partie de la démonstration repose sur le fait que pour comprendre, il faut passer par l'évocation, soit visuelle, soit auditive/verbale, selon le type d'enfant auquel on s'adresse. Il y aurait ces 2 catégories, bien distinctes. La question est donc : est-ce qu'un enfant aveugle peut être visuel ? Autrement dit, est-ce que voir avec les mains remplace voir avec les yeux ? Quand on fait comprendre la géométrie grâce à la manipulation d'un cube en volume, ou à plat en carton découpé à mettre en volume ensuite, est-ce que c'est une représentation visuelle ? Et aussi : est-ce qu'un enfant "visuel" mais aveugle, ou devenu aveugle, se convertit en enfant "auditif ? »"

 

 "Je crois me souvenir que les perceptions tactiles se projettent dans les aires optiques du cerveau et que l'image mentale réalisée à partir ou de perceptions tactiles ou visuelles seraient repérées dans les mêmes zones cérébrales."

 

 "Chez l'enfant lambda on repère le dessin, le jeu symbolique, comme l'expression de ce qu'il vit. Il reproduit. Il observe puis restitue, cela l'aide à élaborer et à accepter un monde du réel. Comme souvent chez les enfants ce monde est construit à partir de références immatures (autocentrées) il l'interprète de manière erronée. Nous, adultes, pouvons observer ce qu'ils restituent de ce monde par le jeu ou les dessins qu'ils observent et vivent, ce qui nous permet d'aider l'enfant à rectifier ces mauvaises interprétations. Qu'en est-il pour nos enfants aveugles qui eux, ont peu d’appétence pour les jeux symboliques et peu d'accès à l'image papier ? D'autre part, j'ai lu que par la vue nous acquérons 80% de nos connaissances... et ces acquisitions se mettent en place dès le plus jeune âge. Il semble que la vision permette d'appréhender plus tôt et plus de choses de l'environnement. Pour l'enfant aveugle de naissance, avant que le toucher ne prenne sens et qu'il puisse avoir un développement psychomoteur suffisant pour aller de lui - même à la rencontre du monde pour l'explorer, le comprendre (donc l'analyser), les délais sont plus longs... La Gestion mentale, comme concept, nous apprend aussi que pour comprendre, il faut pouvoir évoquer afin de faire des liens ; pour évoquer il faut avoir suffisamment d'expériences emmagasinées pour y faire référence et les utiliser pour les 5 principaux gestes mentaux : parmi lesquels compréhension, (comment comprendre ce qu'on ne connaît pas) attention, (comment porter son attention sur ce qu'on ignore )mémorisation, (comment mémoriser quelque chose qui n'a aucun sens pour nous), réflexion, (comment élaborer une réflexion sur ce qu'on ne peut pas relier à autre chose), imagination, (comment imaginer / créer à partir de rien). ?"

 

 "Je pense que ce que l'on veut faire passer dans le jeu symbolique avec l'enfant aveugle, c'est la reproduction d'une situation du réel pour qu'elle prenne sens ou du moins qu'elle participe à la fabrication du capital évocation : on ne peut pas toucher une voiture quand elle roule ou même quand elle en percute violemment une autre, si on comprend comment ça se produit avec des jouets, qu'on fait venir la petite voiture de police et le camion de pompier, on comprendra mieux ce qu'il se passe lors d'un véritable accident et si on est témoin d'un accident un jour et bien, on aura, au moins une image dans la tête qui nous permettra d'appréhender ce qui a pu se passer donc de moins être paniqué. Plus d'images mentales (sous-entendu plus d'expérimentations) = plus de sécurité pour appréhender le monde, moins d'angoisse, on peut se construire en tant que personne sur une sécurité, une confiance solide en un monde qu'on aura tout de même les moyens de palper, une sécurité nécessaire à tout être, pour ne pas sombrer dans la folie ou la détresse. Si on n'a pas les moyens d'élaborer une carte mentale de sa cour de récré, au moment de la sonnerie où tous les copains courent dans tous les sens, si on n'a pas idée de là où on peut être ça peut très vite devenir très angoissant."

 

 

Découvertes

 

 "On fait une éducation à l'envers avec XXX : "Touche avec tes petits doigts la poubelle ma puce, découvres !" et ensuite " ne touche plus tout le temps la poubelle, la gouttière... c'est sale " et ensuite " ne mets pas à la bouche, XXX " et XXX qui nous répond " on touche avec ses petits doigts "...  "oui, mais ne touche pas, c'est sale ". Mais qu'est-ce qu'ils veulent mes parents, alors ?"

 

 "XXX marche toute seule depuis ses 1 an. Elle est très curieuse et du coup vide les placards, les étagères de livres et de CD... Je la laisse faire car il faut bien qu'elle sache tout ce qui se trouve dans la maison ainsi que le contenant des placards. Mais elle est très maligne et j'ai l'impression qu'elle a bien compris que par moment que cela pouvait aussi être une bêtise. Alors, à quand l'exploration, à quand la bêtise ?»

 

 "Un enfant aveugle s’élève comme un autre enfant, selon sa culture, ses croyances... certains sont très cool, d'autres plus rigoureux, certains attachent beaucoup d'importance dans des valeurs bien précises, d'autres moins... Même s'il existe des nuances, il vaut mieux que l'enfant ne soit pas le roi  à la maison, avec la possibilité de tout faire ce qui lui plaît, car le  monde qui l'entoure n'acceptera pas forcément de faire parti de son royaume !"

 

 

 « Au-delà des "trucs" est-ce que la gestion de l'espace, les modes d'informations, de préhension et d'interactions du monde environnant en absence de vision, est développée dans un affinement sensoriel et kinesthésique ? La conscience de "soi" s'inscrit en grande partie dans ses relations maîtrisées avec ce qui nous sollicite dans les multiples événements auxquels nous "pouvons" être associés. De l'audition à la motricité fine, des potentiels importants existent et peuvent et doivent être débusqués et exercés même jusqu'aux replis subtils. C'est pourquoi, j'insisterais tout particulièrement sur les activités corporelles et sensori-motrices. Il me semble que les enfants et tout particulièrement, les aveugles, développent des compétences très variées par les jeux. Les jeux dansés, de rôle, parcours posturaux, d'adresse, de société, d'associations, de construction etc., etc., individuels, à 2 ou en groupe, incitent et sollicitent actions, cognition, déduction, inférences, adaptations tant sur les plans thématique que spatial,, temporel, social... La cuisine, voire la pâtisserie offrent naturellement aussi de superbes occasions d'utiliser et de susciter ses ressources gestuelles et sensorielles. Déguster, ranger et nettoyer le matériel participent également à ce développement. »

 

 « Un petit bébé mal voyant a besoin de repères car il ne comprend pas toujours ce qui se passe autour de lui. Les repères peuvent être les moments de toilette avec le bain : le déshabiller toujours au même endroit en lui disant ce que vous faites, lui dire qu'il va aller dans l'eau, lui chanter la même petite chanson, le laver, l'essuyer en le berçant, lui proposer un petit massage avec une huile parfumée, et finir par l'habiller. Puis le prévenir que vous allez le laisser mais que vous aller aussi revenir. Vous ne devez pas devenir un robot à la maison mais il faut qu'il retrouve plusieurs petites séquences comme cela pour qu'il puisse les repérer. Au bout de quelques jours, il va savoir l'enchaînement des différentes actions, et pouvoir attendre l'arrivée de la mise à l'eau ou du massage. »

 « Mettre des repères sonores différents dans les différentes pièces : réveil, carillon, radio... pour que la petite puce puisse se repérer. Des pots pourris aussi : salle de bain vanille, chambre cannelle... »

 "La première chose à faire, c'est parler. Je sais que cela paraît tout bête comme conseil, mais il s'agit de nommer chaque bruit : l'eau qui coule, la porte du frigo qu'on ferme, la moto qui arrive et qui s'éloigne; il s'agit de nommer aussi chaque odeur, chaque texture, chaque goût..."

 "Quand XXX était petit, nous le faisions participer à toutes les activités de la maison pour des raisons matérielles (personne ne pouvait nous aider) mais surtout parce que cela fait partie de l'éducation d'un enfant aveugle qui ne peut pas se rendre compte visuellement de ce que l'on fait à la maison. Alors oui, quand je prenais la douche le matin, ou (désolée si je choque) quand j'allais au toilette (c'est d'ailleurs une bonne idée pour entraîner l'enfant a être propre), ou quand je faisais le ménage, la cuisine etc... XXX était toujours avec moi et je lui expliquais tout ce que je faisais (cela peut paraître bizarre, mais c'est la seule façon de faire comprendre ce qui se passe pour tout le monde à la maison). Il est très important que l'enfant participe pleinement à tout ce qui se fait dans la maison, qu'il ne se sente pas différent avec des activités différentes des autres. Si vos autres enfants doivent ranger leur chambre, alors il faut que XXX range sa chambre aussi. Même s'il est encore petit et peu mobile, il faut que vous lui expliquiez que son travail est de ranger comme les autres, et s'il ne met de côté qu'une petite chose au début il faut l'encourager en le félicitant et lui expliquer que grâce à son aide sa chambre peut devenir aussi bien rangée que celle de son frère ou sa sœur. Même quand il était petit, je tenais à ce que XXX ait un "travail" à faire comme les autres, même si au début c'était seulement ranger sa petite cuillère dans la machine à laver la vaisselle, ou tenir le manche d'aspirateur avec moi. Aujourd'hui, XXX doit bien sûr ranger sa chambre, faire son lit, il met la table et nous aide dans le jardin. C'est la règle dans notre famille, chacun doit participer aux taches quotidiennes de la maison, et il n'y a pas de passe-droit pour XXX simplement parce qu'il est aveugle."

 "Pour expliquer les arbres ou les fleurs etc... quoi de plus beau que d'aller avec son enfant dans un parc et de lui faire sentir tout ce qui l'entoure avec son nez mais aussi avec son corps ? Un jour de beau temps, mettez-le pied nu et faites-le marcher dans l'herbe. Faites-le grimper à un arbre. Expliquez-lui comme l'écorce est dure et bosselée. Expliquez-lui les bourgeons, les fleurs, les fruits, les feuilles. Faites-le toucher avec ses mains, avec ses pieds, avec son visage... Quand XXX était plus petit, son livre préféré était "l'histoire de la petite taupe qui se demandait qui lui avait fait sur la tête" acheté à LDQR. Sur chaque page il y a un animal différent que l'on peut toucher. Mais je trouvais cela insuffisant pour que XXX puisse comprendre la différence de taille, d'odeurs... Alors nous sommes partis un week-end à la ferme et XXX a pu se mettre les pieds dans la paille, traire les vaches, caresser des petites chèvres, sentir les cochons, conduire le tracteur....etc..... Grâce à cette expérience, il a pu élaborer sa propre conception d'une ferme, des animaux de la ferme etc... il a ses repères. Il sait ce qu'est une vache par exemple et qu'elle sent différemment d'un mouton ; qu'elle est plus grosse ; qu'elle mange différemment etc...

Nos enfants apprennent différemment des autres. Mais ils apprennent autant et sans doute plus que nous qui n'utilisons que la vision pour connaître notre environnement."

 "La perception tactile (...) est un moyen de donner un plaisir tactile à l'enfant déficient visuel. De la même façon que vous donnez un plaisir visuel à un enfant voyant en lui montrant un livre d'images, mais vous ne prétendez pas lui apprendre ce qui l'entoure seulement par des images, aussi proches de la réalité soient-elles. Il faut multiplier les sorties, les explications, prendre toutes les opportunités pour expliquer le monde qui nous entoure à tous les enfants, voyants ou non-voyants. Certains enfants non-voyants prendront un réel plaisir à discriminer tactilement leur livre ou leur environnement. D'autres, pas vraiment. Mon fils est dans ce cas. Depuis tout petit, ce qu'il préfère dans les livres, c'est une bonne histoire, avec si possible des jeux sur les mots, ou encore des informations sur les sujets qui l'intéressent, ou des mots compliqués. En ce moment il veut tout apprendre sur les dinosaures. On a été avec lui au musée d'histoire naturelle où il a pu se rendre compte de la taille de ces animaux en touchant un squelette de diplodocus. Il a une sorte d'encyclopédie sur les dinosaures avec une fiche détaillée sur chaque animal. Cela lui permet d'avoir des discussions sans fin avec ses copains sur ce sujet. Je ne crois pas qu'il est défavorisé par rapport à ses copains voyants parce qu'il ne peut pas les voir en images, ou parce qu'il ne peut pas avoir d'expériences tactiles. Les informations écrites qu'on lui a lues, les informations qu'il a sur cassettes etc... lui suffisent pour élaborer sa propre conception sur le sujet."

 "Faites partager ce que vous voyez simplement, en expliquant, en parlant, comme vous le feriez avec vos autres enfants. Prenons l'exemple d'un coucher de soleil, qui est un évènement a priori purement visuel. Si vous êtes quelqu'un qui considérez que regarder un coucher de soleil est le plaisir ultimum dans la vie, il n'y a aucune raison d'abandonner ce plaisir simplement parce que votre enfant ne peut pas le voir. Au contraire. Il faudra lui expliquer vos émotions. Pourquoi aimez-vous regarder le coucher de soleil ? Est-ce que c'est un moment de calme, de sérénite ? Alors il faudra aider votre enfant à trouver ce même moment de sérénite, et le partager avec lui. Est-ce que vous êtes seulement sensible aux variations de couleurs ? Alors il faut expliquer les couleurs à votre enfant (c'est important qu'il se crée sa propre conception de couleurs ; et peut-être que pour lui la couleur orange du soleil qui se couche sera associée avec ce moment de plaisir passé avec vous à regarder le coucher de soleil). Je crois que l'idée la plus importante à faire passer à nos enfants est que les expériences visuelles ne sont pas plus importantes que les autres. Il faut respecter la facon dont chacun élabore sa conception de la vie. Pour continuer l'exemple du coucher de soleil, peut-être que votre enfant non-voyant appréciera ce moment juste pour être avec vous, ou bien parce qu'il en profite pour chercher des coquillages (si c'est sur la plage), ou bien parce qu'il aime s'asseoir dans le sable etc...Votre référence sera visuelle, celle de votre enfant sera differente mais toute aussi importante. Et vous aurez une experience commune."

 "Nous amenons chaque semaine XXX chez une dame aveugle. Elle n'a, forcément, aucun a priori sur les choses qu'il peut faire ou ne pas faire et a envie de le tirer vers le haut. Elle apporte des idées d'activités à faire avec lui. Elle attire notre attention sur la façon dont XXX se débrouille, sur des progrès qu'on aurait jamais remarqués tellement certaines choses, difficiles pour un aveugle, nous paraissent évidentes à nous, voyants. Elle corrige aussi des erreurs que nous faisons avec lui (trop l'aider, en général) et nous permet de lui faire d'avantage confiance sur ses capacités à faire seul. En échange, nous l'aidons quand elle en a besoin (à remplir des papiers administratifs, à faire les magasins...)"

 "Je fais un dictionnaire olfactif. Dans des petits pots de bébé( une fois une pharmacienne m'avait donné de petits pots en plastique) je mets quelques feuilles (plantes ou fruits secs ou produits ou bouts de savon parfumés ou confiture) et je recouvre d'un papier.La lettre ou le son est dessous le pot.
Amandes (écrasées), Anis, Ail, Ambre
Bergamote (bonbon), Basilic
Café, Clou de girofle, Citron, Cirage, Cardamome, Curry, Canelle, Coriandre, Camphre, Cumin, Céleri....
Dentifrice

Eucalyptus, Estragon
F
enouil
Genévrier, gingembre
H
erbe
I

Jasmin
Kiwi, Kumquat(sorte de petit agrume acide)
L
avande
M
enthe, Miel, Marjolaine, Musc, Muguet
N
oix de muscade, noix de coco
O
live, Orange, Oignon (desséché)
P
omme(à renouveler souvent), Poivre, Patchouli, Pin
Q
R
omarin, Rose, Réglisse
Sauge
T
hym ou thé
U
V
anille, Vinaigre, Verveine, Vétiver
W
X
Y
lang Ylang
Z"

 "Depuis que XXX est tout petit, je collectionne toutes les matières, objets qui me tombent sous la main, et qui pourront éventuellement lui servir à comprendre un concept. Par exemple, j'avais conservé depuis longtemps une peau de serpent qu'une amie avait donné quand son animal avait mué. Récemment, on l'a étudié avec XXX après qu'il ait été visité un zoo et tenu dans ses bras un boa constrictor. Cela lui a permis de comprendre le phénomène de la mue, d'étudier la texture de la peau de différents animaux qui est différente de la nôtre, etc..., la taille (des animaux de la même famille peuvent être gigantesques et d'autres plus petits). Bref des conversations et des explications interminables."

 "Je ne pense pas être une maman très différente mais on "m'observe" quand même quand, dans la rue, tous les jours, XXX de ses petites mains palpe avec plaisir les gouttières, les bouches d'égouts, le macadam... Les personnes autour ne voient pas la cécité mais sont parfois étonnées, amusées voire aussi en colère comme une mamie des alpes qui m'a "engueulée" comme quoi je ne devais pas lui laisser toucher les flaques d'eau parce qu'elle mettait les mains en bouche... (…) Tous les parents s'adaptent à leur enfant voyant ou non et sont différents les uns des autres mais  je trouve quand même que je fais découvrir différemment le monde, un œil différent."

Cliquez sur les autres sujets pour accéder à d'autres extraits de discussions :

Loisirs
  
sport
 
musique
 
 activités artistiques
  vacances

Parcours scolaire
  
école spécialisée / intégration
  braille
  
matériel, adaptations

Idées et bonnes adresses
      
livres, films, jeux adaptés...
   
  informations médicales, praticiens...
      associations
      divers
     

Aspects psychologiques
 
      ressenti de la famille
      comportement

Apprentissages du quotidien
  éveil
  marche, locomotion, déplacements
  propreté, sommeil
  repas, habillement, toilette
  langage

 Malvoyance

Retour à l'accueil